C´est le matin du grand jour, on déjeune et on embarque dans le jeep de Manolo pour se rendre a sa nouvelle maison dans la montage, aux abords du parc national, d´où partira notre expédition. Quelques centaines de mètres avant d´arriver à sa maison, sur l'étroite route de montagne, on doit s'arrêter car une roche bloque le passage. ''Merde, je n'ai pas mon fusil'', dit alors Manolo. Il nous explique que durant la guerre, dans un passé beaucoup trop proche, les embuscades de ce type étaient fréquentes et que beaucoup de personnes ont été tuées ainsi. Il sort donc, les nerfs a vif, et déplace la roche en regardant aux alentours... avant de revenir, soulagé. Ce n'était bien sur qu'un éboulis.
Arrivé chez lui, un garde-chasse du parc nous attends pour partir à l'aventure. La promenade fut extrême, le guide nous menant dans la forêt sur un sentier qui souvent n´était visible qu´à ses yeux, tantôt descendant un chemin glissant au creux de belles vallées, tantôt grimpant des montagnes escarpées, souvent le long de grandes falaises.. wow! On a vu des paysages magnifiques dans la jungle sauvage avec des arbres énormes, une chute de 50 mètres et personne à des lieues à la ronde, c'était une superbe ride! Côté faune cependant nous ne fûmes point gâtés, avec l´augmentation du braconage et la diminution des garde-chasses, le guide nous a expliqué que les animaux s´étaient retirés plus loin dans la jungle. Nous avons toutefois aperçu, tenez-vous bien, un authentique et extrêmement rare écureuil sauvage de jungle du bout du monde!! Impresionnant, non?
-- J'aimerais ici ouvrir une parenthèse afin de souligner la présence des moustiques aborigènes. Bien qu'ils aient été peu nombreux, ils n'ont fait qu'une bouchée de nous, pauvres touristes ignares davantage vêtus pour le prochain défilé Victoria Secret que pour jouer aux explorateurs. Je tiens à en parler car le guide nous a dit que certains d'entre eux pondent des larves sous la peau de leur victimes. Si seulement j'avais compris l'information vitale qu'il tentait de nous transmettre à cet instant.. mais non, trop absorbé par les lianes et les papillons, je n'ai pas posé davantage de questions. Et voilà qu'on se retrouve 1 semaine plus tard encore en train de se gratter jusqu'à la moelle sans savoir si ce sont nos nouveaux amis qui font la rumba de leur vie en compagnie de nos précieux organes. --
Nous sommes finalement revenus à la maison de Manolo, après 6h de marche intense, 3 secondes avant que les pluies diluviennes s'abattent sur la forêt (pas que ça aurait changé grand chose, mon linge était tellement trempé de sueur que j'en ai retiré un bon gallon à le tordre), où un délicieux tatoo nous attendait sur la braise (non, sérieusement, c'est pas très bon).
Donc, pendant que Charlotte grignotait avidement sa patte de tatoo, j'ai posé quelques questions à Manolo sur la politique actuelle du pays. (En très, très bref, une guerre a éclaté il y a quelques décennies entre des guerillas qui se rebellaient contre un gouvernement oppresseur. Depuis une décennie environ la guerilla s'est reconvertie en parti politique de gauche et ce sont eux qui sont au pouvoir depuis 2 ans. Parrallèlement à ça, les gangs prolifèrent depuis la fin de la guerre et sont le principal problème du pays, je voulais donc savoir ce qu´il en advenait.) Manolo m´a alors parlé de la corruption qui règne au sein de ce nouveau gouvernement, des hausses faramineuses du coût de la vie (essence 10 fois plus chère), de la nouvelle ferrari du président qui se veut anticapitaliste, de comment le gouvernement a acheté la paix entre les 2 principaux gangs (ils ne s’entre-tuent plus) et de comment ceux-ci contrôlent maintenant le pays (ils se rabattent maintenant sur les civils, les enlèvent ou les menaçent pour avoir des rançons) et de l'incapacité du gouvernement d´intervenir (tout comme les précédents gouvernements). Il m´a aussi parlé de la fois où l´escorte du président a traversé la capitale à toute vitesse, à contresens, tuant une femme au passage (elle ne regardait pas du bon côté en traversant la rue disait le journal...) pour se rendre à temps à un match de soccer, ou de la fois où des enfants ont été tués pour avoir dénoncé un meurtrier... Bien qu´il ait une certaine tendance à l'exagération, il semblait bien peser ses mots quand il a déclaré qu'il préfèrerait que le gouvernement redevienne un état militaire où les droits humains sont souvent bafoués mais où cette violence ne resterait pas impunie. Un point de vue qui se défend dans une situation telle qu'il la decrit.. Plus il parlait et plus la rage de ces injustices l'animait, lui déformant le visage et le rendant fort intimidant. C'est pourquoi j´ai finalement fait dévier le sujet vers des tons plus joyeux. J´espère ne pas avoir été trop loin.
Le lendemain nous sommes partis pour Santa Anna, ville réputée pour son énorme marché plein air. Sous les conseils du propriétaire de la merveilleuse Casa Verde, notre hôtel, nous sommes allés dîner au marché. Comme tous les marchés latinoaméricains, le marché empeste, les morceaux de viande sont accrochés au soleil et couverts de mouches, tout est sale et les gens sont souriants. On s'arrête finalement à un petit kiosque, le Comedor Juanita (je me sentais interpellé). Andréa, la fille de Feu Juanita, nous servit alors la meilleure et la moins chère nourriture Salvadorienne qu´il m´ait été donné de manger : 3 bouettes aux couleurs différentes qui croupissaient dans des casseroles, réchauffés rapidement sur le feu. C´était vraiment, vraiment très bon.
-- Quand les gens me demandent si je parle espagnol, je réponds toujours : un poco. Mais quand Andréa s'est mise à nous parler de sa ménaupose et qu'on a eu une conversation de 10 minutes sur les hormones et les habitudes sexuelle d´une femme de 50 ans, j'ai su que j'étais passé à un autre niveau dans la maîtrise de ce dialecte. Maintenant, quand on me pose la question, je réponds fièrement : Sì! --
Enfin, tout ça pour dire que ce bref moment passé dans cet endroit immonde à manger la meilleure nourriture Salvadorienne ever et à avoir de si enrichissantes conversations vaut bien tous les maux de ventre et les explosions qui en ont découlé.
Après Santa Anna, nous nous sommes rendus au lac Coatepeque. C'est un très joli lac, flanqué par trois volcans, où les ex-présidents du pays vont terminer leurs jours. Nous y avons été acceuillis dans un hotel aux prix élevés, à l´antipode de sa propretée. Heureusement, Charlotte nous a barguiné ça au téléphone pour 3$ de moins et un lift à un spectacle de reggea. Good Deal!
Donc, après une pause explosive, (la toilette était brisée, j´ai dû la réparer en vitesse), je suis passé par le gym (1 appareil, brisé, que j'ai réparé) avant d´aller choir sur le bord du lac en attendant le moment du départ pour le ´concert`. À l´heure convenue, la propriétaire de l´hôtel, une femme rondelette, rasée, avec des points de sutures sur le nez (particulièrement effrayante), est passée nous chercher pour aller au spectacle. Quand nous sommes arrivés le band faisait les tests de sons, on s´est alors mis à discuter avec nos hôtes. Pendant que la dame discutait avec Charlotte, en alternant entre ses problèmes de santé et les ovnis, en lesquels elle croît fortement, son mari me montrait les sculptures en bois qu´il faisait : des femmes aux énormes seins. Il m´a expliqué qu´elles représentaient un personnage mythique qui faisait tomber tous les hommes et qui avaient des seins si grands qu´elle lavait le linge avec (je n´ai toujours pas saisi comment, malgré ses efforts pour me mimer comment elle pouvait prendre ses seins et battre le linge avec..). Mon moment préféré de la soirée c´est quand, passant du coq à l´âne, la dame demanda à Charlotte si un ovni avait bel et bien atteri aux états-unis et si ils en avaient réellement fait la dissection et que Charlotte, n´ayant pas très bien suivi ce changement abrupte de sujet, acquiesca fortement, éliminant ainsi les derniers doutes qui pouvaient rester à la dame sur leur existence.
Nous sommes finalements repartis pour l'hôtel 2h30 plus tard avec nos forts étranges hôtes, le band étant encore en train d´effectuer des tests de sons..
Le lendemain, on se lève à l'aube et on se prépare pour aller monter le Volcan Santa Anna! Yay, on va bouger! Notre enthousiasme est toutefois légèrement douché par l´heure et demie de retard de l'autobus qui nous fait manquer notre transfert de 10 minutes et les 2h d´attente nécessaires avant que le prochain passe. Mais on ne se laisse pas démonter si facilement! Nous arrivons donc au parc des volcans, constitué de 3 sommets volcaniques, dominés par celui de Santa Anna. 1$ l´entrée, nice. On se rend au point de départ, on prends un guide, 1$ chaque, ben safe. On marche un moment avec notre nouvel ami, le Sergent Lopez, et on rattrape le groupe de 11h (le seul groupe de la journée, qu´on avait manqué de peu) au moment de traverser un terrain privé. 1$ pour traverser.. bon, on fera pas d´histoire pour 1$, mais ils auraient pu prévenir... On marche désormais avec une trentaine de touristes, les locaux préférant aparemment monter l´autre volcan qui coute moins cher. Voyons, 3$ y´a rien la! On a pas marché 200m qu´on arrive de nouveau à une barrière, ''l'entrée du parc'', 3$ par personne.. ça commence à être agaçant, c´est tout ce qu'on a sur nous, on avait pas prévu ça! Heureusement, on nous affirme que c´est le dernier poste.
On commence alors l´ascension, heureux de se dégourdir enfin les jambes. On dépasse rapidement tout le groupe pour se retrouver avec le très viril sergent Joannie en tête. Voyant qu'on pousse un peu, il accélère le rythme de plus en plus, jusqu`à ce que ça tourne en véritable course! Il nous adopte rapidement et on rit bien en attendant que les autres nous rattrapent.. avant de repartir de plus belle! Un peu avant le sommet il nous indique le chemin et nous laisse passer en tête ''Pour dire que vous êtes les premiers arrivés!'' Seuls au sommet la vue est imprenable, dans toutes les directions. À travers les nuages, on aperçoit le lac Coatepeque, les 2 autres volcans et surtout le magnifique lac turquoise qui fume 200m plus bas, au centre du volcan. Je n'en dit pas plus, les photos, qui ne sont pourtant qu'une minable tentative de représenter la splendeur du moment, sauront vous convaincre.
Au retour, nous passons encore devant le groupe et Joannie vient nous rejoindre. J´en profite pour lui demander ce qu'il pense du gouvernement actuel, avoir l'avis d´un policier me semblant intéressant. Il me dit qu'il est de la gauche, que sa femme est une ex-guérilla, mais que le parti actuel n´est qu'une petite clique de l'ancienne guérilla et qu'elle n´est pas très représentative. Il me dit que le parti a fait de bonnes choses, comme donner des vêtements, du matériel scolaire et une collation quotidienne à tous les enfants, mais aussi beaucoup de moins bonnes. Il rejoint Manolo dans ses pensées en disant que tous les partis ont de bonnes idées, mais que la corruption empêche d'avancer. Pour lui, même s'il est de la gauche, le gouvernement actuel est équivalent aux précédents.
On s'est ensuite dirigé au nord vers Suchitoto, une coquette petite ville rustique aux rues faites de pierres et aux maisons colorées, située sur le bord d´un grand lac. On y a déniché le plus bel hôtel du voyage avec une vue splendide sur le lac et les environs. S'accordant avec le rythme de la place, on a visité tranquillement la ville et les abords du lac joliment couvert de plantes flottantes qui se déplacent lentement au gré du vent. En fin de journée, des policiers nous ont gentiment escortés dans leur pick-up en ruine jusqu'à une curiosité géophysique locale : une chute d'eau dévalant des parois rocheuses naturellement composées d'immense piliers pentagonaux. Fort joli.
Au retour, le sergent m'a amené à un magnifique point de vue dominant la ville et le lac. Discutant un peu de cet incroyable paysage, il me dit au passage que le lac n'est pas propre et qu'il faut éviter d'en manger les poissons. Merde, j'en ai mangé à peine 2h plus tôt! Moi qui commençait tout juste à me remettre des petits plats d'Andréa...
On est maintenant à San Salvador, la capitale, et c'est dernier jour avant le retour. Je vous écrit, entre deux épisodes intensifs de grattage, depuis un café internet typique de la place : 3 vieux ordinateurs dans le salon d'une petite maison, avec un jeune garçon qui court partout en criant dans sa tenue d’Adam.
Décidément, le Salvador, ça vas me manquer.
Au plaisir de s'échanger des larves bientôt!
Pedrito
Moment de la vie quotidienne immortalisé par Charlotte
En approche de la Jungle
Le sentier balisé / Ou est Charlie ?
Dans la Jungle
Raphael, notre compagnon d'aventure, qui déguste la queue du tatoo (apparemment la meilleure partie)
La succulente platée d'Andréa.. qui a gardée sa texture jusqu'au bout..
Andréa, ménopausée, et son assistante dans leur Comedor
Salle de spectacle de Santa Anna, avec une pancarte retrouvée aussi fréquemment que les stops
L'intérieur du volcan de Santa Anna
Joannie admirant la vue sur le lac Coatepeque depuis le sommet du volcan.
Suchitoto
Le lac de Suchitoto / vue depuis la chambre d'hôtel
Le lac et ses plantes flottantes
La cascade de Suchitoto avec ses énigmatiques piliers