samedi 7 juin 2008

Des Hauts et des Bas

Journal de bord

Première Journée
Le paradoxe du reboiseur

Aujourd'hui, c'était la première journée de reboisement de l'année.
Après seulement quelques cassettes, mes pieds étaient déjà rendus sur la chair vive aux rares, mais très présents, points de frictions dans mes nouvelles bottes. Je me suis alors surpris à penser en buvant une gorgée d'eau ''Il faut que je repartes tout de suite, car si je laisse le temps à mes pieds de s'accoutumer au bienêtre de l'inertie, ils ne voudront jamais repartir.'' C'est alors que j'ai repensé à ce que j'avais lu et que j'ai pris conscience de ce que mon corps vivait à cet instant. En plus des pieds qui criaient, il y avait les mouches (plus présentes que jamais) qui m'assaillaient de partout, les éraflures dues aux branches car le terrain n'était pas scarifié, le soleil qui me tapait dans le dos, les poignets et les coudes déjà fatigués de frapper des roches, sans parler de la profonde solitude que j'éprouvais à cet instant précis...Peut-être n'avait-il pas si tord.. Par chance que j'ai la musique pour m'évader de ce corps en peine, ainsi je n'entends que ses cris les plus puissants.. en l'occurrence ceux de mes pieds.

Mais pourquoi endure-t-on cela au fait? Pour les quelques 150$ qui ont été gagnés en moyenne aujourd'hui? En valent-ils la peine?
C'est ce qui m'a conduit au paradoxe du planteur, une équation très simple qui cherche par tout les moyens à être maximisée : Cash - douleur = ?
En d'autres mots, faire le plus d'argent possible tout en minimisant la douleur. Inconsciemment, l'équation hante tout le monde. C'est d'ailleurs le sujet de conversation le plus répandu (comment aller plus vite, quelle est la meilleure technique, comment éviter tel type de douleur, comment guérir telle blessure, quelle est le produit le plus efficace contre les mouches..). Bien sûr chacun a son barème qui lui dit combien vaut ses souffrances et tomber dans le négatif trop longtemps signifie le départ assuré.
En quoi est-ce un paradoxe? Dans le fait que le reboiseur vas ensuite passer le restant de l'année à tenter d'avoir un maximum de plaisir.. pour un minimum de frais!

Bien sûr, j'aurais aussi pu appeler cela ''le dilemme de la catin'' parce qu'au fond, comme ces personnes qui pratiquent le plus vieux métier du monde, nous aussi on vend notre corps au plus offrant, niant la douleur pour de l'argent...

Bon allez! Suffit la pleignardise! Il est déjà 8h alors je vais me coucher pour être capable de me lever a 4h demain matin.. ce seras pas facile! (Discipline!!)

Yan, la prostituée qui a très mal aux pieds


Quatrième Journée
Vendredi!

Aujourd'hui j'ai vraiment passé une belle journée. Ça fait maintenant 3 jours que je plante avec mes vieilles bottes trouées... quel bonheur! Y'as vraiment que dans ses vieilles chaussettes qu'on soit bien. Mon équation du reboiseur est maintenant redevenue très positive et je n'ai plus l'impression d'être une fille de joie!
Je suis content d'être dehors et de travailler physique un peu malgré tout ce que ça implique. En plus j'ai retrouvé presque tous mes amis reboiseurs, ces personnages caricaturaux, uniques et hilarants au cœur gros comme le monde. J'ai aussi pris congé demain, le premier samedi de travail optionnel et mon corps a su m'en remercier.
C'est vraiment un autre bel été qui s'annonce.. à condition bien sûr de trouver chaussure à mon pied!

Yan le bienheureux